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Les roses de la paix fleurissent

Ce titre reprend un vers du poème Chant de paix, qui fait partie du recueil Chanson de la citadelle d’Arras.

Quelques années avant la parution, en 1951, de Chanson de la citadelle d’Arras, Pierre Gamarra avait, pendant la guerre, publié un premier recueil de poèmes : Essais pour une malédiction, lequel reçut en 1943 le prix de poésie Hélène Vacaresco. Ces deux recueils et deux nouvelles Un cadavre de boue et Mange ta soupe, (qui reçurent en 1944 un prix du Comité National de la Résistance), montrent combien les premiers écrits publiés de Pierre Gamarra étaient marqués par les années de guerre. 

Un critique a remarqué à propos de l’œuvre de Pierre Gamarra « qu’il y avait comme une obsession de la guerre dans ses livres ». Cette remarque se retrouve, sans référence, dans l’interview accordée par l’écrivain à José Marcos Garcia quand elle préparait son mémoire Toulouse dans l’œuvre de Pierre Gamarra.

Avant d’illustrer cette remarque par le rappel de certaines œuvres, voici les propos tenus par l’écrivain-même au cours d’un colloque organisé à Berlin en 1987 pour le 750ème anniversaire de la ville :

 « Dans ma mémoire d’écolier – dans le présent de ma vie – il y a bien des choses que j’ai reçues sans pouvoir toujours les vérifier. J’entends une grand-mère aux cheveux blancs, au visage de porcelaine rose, aux yeux pleins de bonté et d’innocence qui chante à mi-voix avec une sorte de sourire, de joie tranquille :

Nous irons tous à Berlin

                        chez Guillaume, chez Guillaume,

                        nous irons tous à Berlin,`

                        chez Guillaume l’assassin.

Ce rappel d’enfance donne une idée de ce qui avait pu chauvinement nourrir ma génération. Les mobilisés de 1914 courant vers les gares, la fleur au fusil puis, tout ce folklore terrible des années de la première guerre mondiale, les poèmes à la gloire de la baïonnette etc… On sait cela. On croit savoir cela ! Je dois cependant à mon père, combattant de cette première guerre, la vérité sur l’horreur, l’injustice, les tromperies, ce qu’on avait appelé plus tard le bourrage des crânes, c’est -à-dire la propagande chauvine. »

Pierre Gamarra se souvient ensuite de l’attitude de son père qui bien qu’ayant « si longuement et si durement souffert dans les tranchées, n’avait aucune haine envers les soldats d’en face, les Allemands ».

Puis à propos des familles huguenotes enfermées dans la tour de Constance à Aigues-Mortes, Pierre Gamarra évoque l’inscription gravée sur une pierre de cette vieille prison : RÉSISTER.

« Ce mot, les résistants français contre l’hitlérisme allaient le remettre à l’honneur. Et avec eux, les antifascistes allemands, les antifascistes de tous les peuples unis dans le combat pour la liberté.

… Et je dois avouer que moi, plus tard, à l’époque de la Résistance, je devais faire effort pour mesurer ma haine et pour ne pas haïr Berlin. Je veux dire : pour ne pas haïr les monuments de Berlin, les pierres de Berlin, les rues de Berlin, les tilleuls de Berlin, la lumière de Berlin, les livres de Berlin, les gens de Berlin…Pour haïr seulement les hitlériens, les fascistes. »

Après une liste rappelant quelques-unes des œuvres où apparaît cette « obsession » de la guerre, nous proposerons un poèmeinédit : Prière pour aller à la guerre.

Pierre Gamarra lors de son service militaire (1939 ou 1940).

Romans :

  • Le Maître d’école et La Femme de Simon (EFR, 1955 et 1961) : Un instituteur puis son épouse dans la tourmente de la deuxième guerre mondiale.
  • Rosalie Brousse (EFR, 1953) : À Toulouse, la vie d’une famille marquée par les guerres.
  • Cantilène occitane (Messidor, 1990) : Dans le midi toulousain au temps de la guerre d’Espagne, de la « drôle de guerre » et de la rafle du Vel’d’Hiv.
  • Le Fleuve palimpseste (PUF, 1984) : Évocation de la guerre d’Espagne et de la Seconde Guerre mondiale.
  • Les Lèvres de l’été (Messidor, 1986) À Toulouse, entre les deux guerres.
  • Les Jardins d’Allah (EFR,1961) : Pendant la guerre d’Algérie, un ouvrier algérien dans un village de l’Aveyron.
  • Le Capitaine Printemps (La Farandole, 1963) : Un maquisard au pays des ours.
  • Le Capitaine printemps, 1963Édition allemande du roman, 1966

Contes et nouvelles : parus dans des journaux ou édités en recueil

  • Une maison sous le ciel (revue Les partisans de la Paix, novembre 1950) : Un maçon et sa famille pendant la guerre.
  • Les Mots enchantés (EFR ,1952) : Les mots maltraités par les enfants choisissent pour les défendre, le mot « Paix ».
  • Les Nuits de la Bastille (Messidor, 1988) : Destins tragiques dans quatre endroits du monde.
  • L’Exécution in Le Village (Editions Henry, 2012 ) : Pendant l’Occupation, dans un village de l’Oise.

Théâtre :

  • La fortune des Mora (pièce diffusée le 12 janvier 1956 à la RTF) : Rivalité entre deux familles pyrénéennes au lendemain de la guerre.

Poèmes :

  • De nombreux poèmes publiés dans des journaux, des recueils ou inédits, parmi lesquels nous choisissons ce poème, inédit, daté ainsi : 9-38 4-40. Il se trouve dans un cahier de poèmes manuscrits écrits pendant la guerre et d’inspiration très variée.

Prière pour aller à la guerre

Mon cher bon Dieu je vais m’endormir

mais avant

je vous fais ma prière accoutumée.

Je suis devant la cheminée où s’endorment les braises,

devant la croix noire qui date d’avant grand-père.

J’ai mis ma chemise de nuit et j’ai bu du lait chaud

où l’on avait trempé le tisonnier cerise.

Mon Dieu je vous aime bien, vous savez

mais je vous aimerai encore plus

si  vous voulez me faire aller à la guerre

à la guerre

à la guerre avec un fusil

pour trouer les yeux des Boches

les yeux des Boches et une baïonnette

pour leur étriper le ventre.

Vous verrez comme je suis adroit et fort

comme je cours rapidement

sans avoir peur.

Je cours plus vite que le fils du cordonnier.

Je n’ai pas peur des éclairs.

Je n’ai pas peur du tonnerre.

Vous pouvez bien penser que je n’aurai pas peur

du canon.

O mon cher bon Dieu faites-moi aller à la guerre !

J’ai bien sommeil, vous savez.

Je commence à avoir froid aux genoux

mais je reste là devant la cheminée, sur la pierre dure

pour vous montrer tout mon courage.

Dépêchez-vous de m’écouter, mon Dieu

avant que maman revienne de la cuisine

où elle est allée finir d’essuyer la vaisselle.

Je voudrais aller à la guerre,

regarder tomber les obus,

regarder les villes qui flambent

et tuer les hommes méchants.

Je voudrais aller à la guerre.

Vous verrez si je sais bien dire : En avant

comme on fait quelquefois au jardin

avec les copains.

On ne perdra pas de bataille

et on reviendra en chantant.

Des filles nous embrasseront

en nous donnant des fleurs

des fleurs.

O mon Dieu

je voudrais aller à la guerre.

(Mais quand même ne racontez pas tout ça à maman

parce que les femmes ça ne comprend rien

ça ne comprend rien aux choses !)

« Ce n’est pas beau, la guerre et il me tarde d’aller retrouver ma table de travail et mes livres. » Cette phrase de Louis Pergaud citée par Pierre Gamarra lors de l’inauguration du groupe scolaire Louis Pergaud au Plessis-Robinson (Hauts-de-Seine) en 1971, l’écrivain pouvait la prendre à son compte. En effet, si l’on trouve de multiples références à la guerre dans l’œuvre et la vie de Pierre Gamarra, l’écrivain a su dépasser cette « obsession de la guerre » pour créer une œuvre aux facettes multiples ainsi que le souligne Claude Sicard dans un article sur Pierre Gamarra, Toulousain de naissance, Occitan à jamais : « une œuvre immense…qui garde au fil du temps, comme l’écrivain lui-même, le sens des vraies richesses, celles de la nature et celles du cœur. »

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