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De Hanoï à Saïgon… (1975)

En juillet-août 1975, Pierre Gamarra, qui était alors rédacteur en chef de la revue Europe, « est allé au Vietnam pour présenter à Hanoï une Exposition du Livre Français. Les ouvrages (littéraires, scientifiques, techniques) composant cette exposition ont été offerts aux lecteurs vietnamiens grace à la solidarité des lecteurs et des éditeurs français. L’Exposition a été inaugurée le 1er août dernier en présence de M. Vu Quoc Uy, président du Comité pour les Relations Culturelles avec l’étranger et de M. Robin, chargé d’affaires à l’Ambassade de France. » (Europe, octobre 1975 (N°558), p. 15, note de rédaction).   

L’écrivain, en prologue à ce numéro spécial de la revue Europe, consacré au « Vietnam libre », relate son voyage dans un article intitulé《De Hanoï à Saïgon, j’ai vu le nouveau Vietnam》(p. 3-15).

Fin juillet 1975, après plusieurs escales techniques (Téhéran, New Dehli) et après dix-sept heures de vol, c’est d’abord l’arrivée à Vientiane, au Laos.

Me voici donc sur le sol de la péninsule indochinoise. Quelques instants plus tard, un petit avion de Royal Air Laos m’emporte vers Hanoï. (…) L’aérodrome dans l’écrin des arbres. Le poète Tê Hanh m’attend et je l’embrasse avec une émotion infinie. Depuis trente ans comme lui, j’ai rêvé de ce moment. Je ne connaissais pas son visage mais seulement la voix discrète et puissante de ses poèmes. Il me parle aussitôt de littérature française. Je réponds comme je peux, avide de retenir les premières images de Hanoï, le chevelu des filaos le long des routes, l’infini des miroirs de rizières et, déjà, l’image désormais constante des petits marmots rieurs jugés sur les buffles placides.  Puis, partout, le glissement tranquille des bicyclettes Tout est déjà là dans ces premières images : l’immense chantier, patient, obstiné, souriant du Vietnam, mais je ne sais pas encore bien le voir

Le visiteur est certes charmé par les paysages, les scènes de rue, par tous ces visages rencontrés et ces histoires racontées. Mais il n’oublie pas en effet que « la parole doit appartenir aux écrivains du Vietnam » (p.7), qui l’ont accueilli à Hanoï comme à Saïgon.
Il évoque la manière dont les écrivains, les gens de théâtre et les artistes du pays se sont forgé une nouvelle façon de travailler au cours des années de guerre.

Les écrivains manquent de papier. La possession d’un crayon à bille est presque un luxe. Bien peu possèdent une machine à écrire, un bureau de travail. Ce ne sont pas des détails. Les artistes de théâtre m’ont raconté leur vie durant la guerre. On jouait à la barbe de l’ennemi. On cachait des combattants. On combattait après avoir joué. On jouait sur le rebord des cratères de bombes où le public avait pris place… 

Ce sont alors les débuts de la reconstruction d’un pays qui vient à peine de se libérer, après trente années de guerre et d’occupation, selon les mots du chroniqueur.

J’ai eu la grande chance, en cette année historique de la Libération du Vietnam de rencontrer Saïgon après Hanoï, d’aller vers ce Sud aimé, de pouvoir ainsi mieux comprendre la douleur de la guerre et de la séparation.

Le numéro reproduit en outre, au sein d’un cahier photographique (entre les p. 48 et 49), une photo de Pierre Gamarra aux côtés notamment du poète Chế Lan Viên.

La revue Europe avait déjà consacré au Vietnam deux autres numéros (”Littérature du Vietnam”, juillet-août 1961, n° 387 et ”Vietnam en guerre”, octobre 1966, n°450 ) ; signe de cet intérêt, une visite de plusieurs écrivains vietnamiens, qu’il  serait intéressant d’identifier, dans les bureaux de la revue, rencontre dont témoigne notamment une photographie insérée dans l’article Wikipédia portant sur la revue.
Europe explorera par ailleurs l’Asie à d’autres reprises, que ce soit par des numéros thématiques comme ”Chine une nouvelle littérature”, en avril 1985 (N° 672), ”Une approche de la poésie coréenne”, octobre 1985 (N°678) ou ’’Regards sur le Japon” de janvier-février 1987 (N° 693-694) ou encore ”Ecrivains de Thaïlande & du Laos”, janvier-février 2003 (N° 885-886) ou sur des auteurs, tel Junichirô Tanizaki, en novembre-décembre 2001 ( N°871-872), par exemple.

Nous pouvons aussi ici reproduire un poème de Pierre Gamarra, écrit, parmi d’autres, au cours de ce même voyage. Cet ensemble de poèmes, sans titre, écrit sur un bloc-notes de quelque 25 pages, est encore inédit.

Un buffle d’obsidienne

ou de bronze ou de soie

Laque noire des eaux

Rizières, tremblantes rizières

Citron vert du couchant

Pastèque du soleil

Un enfant chante

sur le buffle.

Par la suite, près de vingt ans plus tard, l’auteur consacrera certains de ses poèmes à la Chine, mais dans un contexte et une optique bien différents.

1 réflexion au sujet de “De Hanoï à Saïgon… (1975)”

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